Inspiration des iles Marquises

Imaginez un archipel de douze iles, toutes aussi belles les unes que les autres….et une température qui oscille entre 22 °C et 31 ° C. C’est sur on est pas loin du paradis. Bienvenue (Mave Mai) aux iles Marquises. Pour les 10 ans du Quai Branly, avait lieu une très belle exposition, MATAHOATA, Arts et société aux iles Marquises. Je suis allée au bout du monde chercher l’inspiration des iles Marquises.

inspiration iles marquises

Aux iles Marquises, le corps est au centre de toutes les attentions

Le corps est une source d’inspiration permanente. Le visage et les yeux sont beaucoup représentés, sur de nombreux supports, objets ou décors. Le même mot, « Matahoata« , veut dire Oeil ou Regard Eclairé. Le corps devient matériau quand la peau se fait tatouer. Les os, les cheveux et la barbe sont utilisés pour la réalisation d’ornements destinés aux personnages de haut rang, et utilisés notamment dans le cadre de cérémonies (« Koina » en marquisien).

tatouage iles marquises
Tatouage Marquisien style Patukiki

Etonnant de découvrir que le mot « Mata » veut dire visage, yeux mais aussi généalogie. En occident, on dit que les yeux sont le reflet de l’âme. Aux îles Marquises, les yeux sont de la même énergie que la filiation. Chaque individu est relié ses ancêtres, donnée importante aux Marquises. Pour s’en souvenir, le « Too Mata » sert d’aide mémoire. C’est une sorte d’arbre généalogique, constitué d’un cocon en fibre de coco et des liens qui descendent, avec des noeuds pour symboliser les ancêtres. En regardant cet objet on perçoit le poids de la filiation dans la vie d’un individu. L’objet servant à matérialiser ce qui existe dans l’invisible.

too mata arbre généalogique iles marquises

Aux iles Marquises, si le corps est respecté, l’esprit l’est aussi.

La spiritualité est fortement présente. Certains des ancêtres sont parfois divinisés après leur mort ou juste avant, dans le cadre de cérémonies. On utilise alors le mot « Etua » pour les nommer.

Tiki statuette iles marquises - etuaAux Îles Marquises les Tiki sont présents partout. Il s’agit de statuette de 3 cm à plusieurs mètres, réalisée soit en bois, en os (humains ou animaux), en ivoire (mammifères marins), en pierre… Elle représente « Etua« , les ancêtres divinisés ou des dieux. Les Tikis peuvent être placés sur l’espace sacré du « Meae« , lieu religieux, comme des offrandes, et comme des réceptacles destinés à recevoir l’esprit de l’Etua, invoqué par le chef religieux. La communication avec les esprits étant totalement intégrés dans la culture marquisienne. Les Tikis peuvent être enterrés pour assurer la fertilité du sol, placés aux extrémités d’un terrain pour définir ses limites et signifier un « tapu » c’est à dire un interdit. Ils sont présents aussi sur des objets usuels pour permettre la réussite lors de leur utilisation. Par exemple un Tiki en pierre peut être utilisé par le pêcheur pour favoriser une pêche abondante. Parfois un Tiki est sculpté sur un tout petit cylindre en ossement humain, et cet objet est ajouté sur des tambours, des coupes en coco, des conques, …et aussi portés dans les cheveux des guerriers. On appelle «  Ivi poo » cette petite statuette gravée avec la représentation d un Tiki. La particularité étant qu’elle est fabriquée en os, soit de son ennemi pour se rappeler qu’on l’a vaincu, soit d’un parent ancêtre pour retenir le « Mana« , le pouvoir spirituel sacré.

Les rites funéraires étaient importants aux Iles Marquises. 

Quand il s’agissait de la mort d’un grand chef ou un prêtre, alors l’évènement était majeur, et s’appuyait sur des cérémonies spéciales (avec tambours (patru), chants, danses…) à l’issue desquelles le grand chef ou le prêtre devenait un Etua, c’est à dire un esprit divinisé. Le corps nécessitait une préparation spécifique, enduit d’huile, permettant de bien voir les tatouages, puis revêtu des éléments d’apparat et déposés dans un cercueil pendant quelques mois. Ensuite, les ossements étaient nettoyés puis emballés dans un « tapa » (écorce en étoffe battue) et placés dans un site religieux (Meae). On choisissait alors soit un arbre banian sacré et on le cachait dans ses racines, soit dans un abri construit spécialement, ou soit dans une grotte existante mais inaccessible (important pour ne pas que les os soient dérobés par les ennemis). Le crâne était parfois séparé, placé dans un Tapa et ensuite déposés dans une urne en forme d’oiseau, appelé « Kotue » ou « Otue » cf image ci dessous, objet prêté par le Vatican. L’esprit du corps devait partir pour « Havaiki« ou « Havaii« , le lieu ou séjournaient les ancêtres et ceux qui n’étaient pas encore nés, situé à l’ouest, où se couchait le soleil.

urne funéraire iles marquises

Art et traditions des îles Marquises :

Lors de ces cérémonies, il y avait notamment des courses sur des échasses (Vaeake) pour faire tomber l’adversaire. Sur les échasses, l’endroit où les pieds sont posés, les étriers (tapuvae) , sont sculptés de Tiki, portant des parures de têtes (rappelant les coiffes de plumes) et le corps recouvert de striures pour évoquer les tatouages.

Exemple d’un Kaku, le tapa marquisien. Une sorte de tissu à base de fibres végétales, comprenant des dessins de tatouages. Le Kaku est utilisé traditionnellement par les femmes pendant leur règles et les accouchements.

Kaku-tissu-tatouage-iles-marquises
kau - tapa- taouage - iles marquises

Au passage je note la couleur fétiche des Marquisiens, le jaune, évoquant la fête, la joie, la sensualité. Je note cette dernière touche d’inspiration des iles Marquises.

Je quitte l’exposition ravie d’apprendre que depuis 2010 les maires des six archipels ont formé un gouvernement local appelé CODIM pour définir un avenir économique écologique et culturel.  A bientôt pour une visite dans le Pacifique

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